Festival du Goéland Masqué 2018

Le Goéland Masqué a encore une fois répondu à l’appel du polar(ge) cette année. Auteurs et artistes se sont réunis au festival de Penmarc’h du 19 au 21 mai 2018 pour explorer, cette fois-ci, l’héritage de mai 68. L’équipe d’Oufipo était au rendez-vous du polar et de la BD ; on vous a ramené une bonne dose d’enregistrements, pour que les paroles restent.


 À chacun son meurtre : variations criminelles dans le genre

– avec Cloé Mehdi, Jacky Schwartzmann, Dominique Sylvain

À chacun son meurtre, à chacun son chaos. Comment le roman noir jongle-t-il avec les points de vue face aux souffrances sociales ?

Dominique Sylvain, qui publie aux éditions Viviane Hamy “Les Infidèles”, place l’enquête policière au cœur des mensonges amoureux tandis que Jacky Schwartzmann et Cloé Mehdi, respectivement auteurs de “Demain c’est loin” aux éditions Seuil et de “Rien ne se perd” aux éditions Jigal, détournent les clichés de classe et les formules attendues pour esquisser d’autres tableaux des violences sociales.

Du noir tout en nuances !


 Roman populaire et écriture(s) de l’Histoire

– avec Patrick Pécherot et Romain Slocombe

À travers quels héros les romans “noirs” peuvent-ils nous faire redécouvrir l’Histoire ? Quels rôles le roman populaire joue-t-il dans l’exploration et la construction mémorielle ?

Patrick Pécherot et Romain Slocombe discutent des personnages littéraires, historiques et familiaux qui les ont inspirés pour donner corps à leurs propres personnages, qu’ils font interagir avec tous ces éléments qui, regroupés, finissent par former l’Histoire avec un grand H.

“Ni héros, ni salauds, les hommes ne sont pas noirs ou blancs, et donc j’essaye de ne pas parler de l’Histoire en noir et blanc, mais de la peindre, comme les hommes, en gris”, peut-on entendre conclure Patrick Pécherot.


Vincent Platini – La littérature populaire sous le IIIe Reich : un âge d’or ?

Vincent Platini présentait le samedi 19 mai 2018 au festival du Goéland Masqué “Krimi”, une anthologie du récit policier sous le IIIe Reich, accompagné d’un essai sur la culture de masse sous le IIIe Reich, “Lire, s’évader, résister”.

Une lecture intéressante qui montre comment les romans policiers, la science-fiction, l’humour ou le sport, mais aussi les films d’aventures ou la culture automobile ont pu être le creuset d’une dissidence voilée, d’une micro-résistance du quotidien qui témoigne d’un autre visage de l’Allemagne sous la dictature hitlérienne.


Alberto Garlini – 1968-1991 : histoires italiennes entre utopies révolutionnaires et profonde mélancolie

Le samedi 19 mai 2018, Alberto Garlini était invité au festival du Goéland Masqué pour discuter de la dimension tant politique que lyrique de ses deux derniers romans, “Les Noirs et les Rouges” et “Le Temps de la Fête et des Roses”.

L’auteur se positionne en tant que poète comme le fruit d’une histoire italienne qui s’est déroulée dans le temps : “Je voulais m’attacher aux choses que nous avons perdues, et pas à celles que nous avions acquises.”


Carlos Salem – Attends-moi au ciel

“Le livre que toutes les femmes devraient lire, et les hommes au cas où” : c’est avec une verve colorée que l’auteur argentin Carlos Salem est venu présenter son dernier livre, Attends-moi au ciel, le samedi 19 mai 2018 au festival du Goéland Masqué.

“Un roman très pudique”, peut-être, mais avec maints rebondissements, où il ne faut qu’une folle semaine à Piedad de la Viuda, séduisante héritière et dévote, au seuil de la cinquantaine, pour se transformer, suite à un enchaînement de découvertes déconcertantes et quelques visites dans les bas-fonds madrilènes, en une femme fatale et meurtrière.

Carlos Salem s’intéresse, dans les changements qui traversent la société, à la place qu’y prennent les femmes. Il entend ici proposer une autre vision des mœurs et des comportements humains.


Étudiants, gnan, gnan. Souvenirs, nir, nir. (Lectures pour un mois de mai)

“Ces souvenirs que l’on retrouve en son cœur feront-ils fleurir des rêves de bonheur ?”

Les comédiens Mia Delmaé, Jacques Tresse, François-Xavier Hoffman, et Pierre Hancisse lisent des extraits d’Annie Ernaux, Frédéric H. Fajardie, Claude Mesplède et Patrick Raynal, en souvenir de mai 68.


Du réel à l’imaginaire. (Littérature noire pour adolescents)

avec Vincent Mondiot, Joanne Richoux, Jean-Christophe Tixier

Comment la littérature noire s’adresse-t-elle aux adolescents ? Par quels moyens la leur présenter ? Comment travailler à l’accès à cette littérature avec les professeurs et les professionnels du livre ?

Le dimanche 20 mai 2018 au festival Le Goéland Masqué, Vincent Mondiot, avec Nightwork, publié aux éditions Actes Sud Junior, Joanne Richoux, avec Marquise, paru aux éditions Sarbacane, et Jean-Christophe Tixier, avec Quand vient la vague, paru aux éditions Rageot, croisaient leurs regards pour investir les yeux de la jeunesse.


Vers le meilleur des mondes ?

– avec Robin Cousin et Jaroslav Melnik

Les avancées technologiques qui travaillent la société nous poussent-elles à nous rendre esclaves de nous-mêmes ?

L’auteur de bande-dessinée Robin Cousin, qui présente au festival du Goéland Masqué Le Profil de Jean Melville, paru chez FLBLB, a pu discuter avec l’écrivain lituanien Jaroslav Melnik, qui a publié le roman dystopique Espace Lointain chez Agullo, de l’influence du numérique dans nos vies.

Contre l’aveuglement, l’aliénation, la dépendance, quelles formes de résistance, quelle rugosité peut infiltrer la littérature dans notre conscience et l’usage que nous faisons de ces nouveaux outils ?


Mai 2018 : de nouveaux imaginaires pour la littérature noire ?

– avec Oliver Gallmeister et Jeanne Guyon

Le dimanche 20 mai 2018, le festival du Goéland Masqué invitait les maisons d’éditions, représentées par Jeanne Guyon, pour la collection Rivages Noir, et Oliver Gallmeister pour les éditions Gallmeister, à témoigner des enjeux de publication auxquels sont confrontés les textes de la littérature noire aujourd’hui.

Si la question “le polar est-il de la littérature” est heureusement définitivement évincée, il semble que la catégorisation du genre ne lui rende pas que de bons services. Les livres “blancs” et les livres “noirs” n’adressent pas les mêmes publics et représentent donc deux marchés distincts.
“L’appellation polar c’est une écume de marketing”, résume Jeanne Guyon. Mais la réalité des œuvres ne répond pas aux critères scientifiques que cette étiquette impose. “Je préfère parler de romans de la transgression”, poursuit l’éditrice.

Quelles astuces éditoriales peuvent dès lors rendre justice à cette réalité ?


Chris Offut – Les communautés rurales au cœur de l’Amérique

Il s’est quelques temps retiré de la scène littéraire afin de pouvoir payer les études universitaires de ses deux fils, en écrivant des scénarios pour la poule Hollywood, occupée entre autres à pondre une série telle que True Blood.

Chris Offut en est revenu pour écrire des nouvelles et des romans qui peignent la beauté des espaces non explorés de l’Ouest américain, mais aussi le quotidien rêche des communautés laissées-pour-compte qui y habitent.

C’est avec beaucoup d’émotion que Chris Offut a présenté le recueil Kentucky Straight et son dernier roman Le Bon frère le dimanche 20 mai 2018 au festival du Goéland Masqué.

Il faut dire que sa visite à Penmarc’h lui a réservé une bonne surprise…


Luttes et combats des Noirs américains dans les années 60

– avec Roger Martin et Michaël Mention

On commémorait le 50e anniversaire de l’assassinat de Martin Luther King le 4 avril dernier. King ? Est-ce bien le philanthrope, l’amoureux du monde entier – le bon nègre, finalement, celui que même les ennemis de l’antiracisme ont eu à cœur de caresser dans le sens du poil ?

Roger Martin et Michaël Mention sont à l’origine de romans noirs explorant dans toute sa profondeur le continent des luttes raciales dans les années 60 aux États-Unis. Le Rêve brisé et Power traitent respectivement du contexte qui a mené à l’assassinat de King, et du mouvement des Black Panthers.

Une rencontre pour mettre à bas le traitement médiatique des grandes figures historiques, éroder les représentations fallacieuses et les oppositions simplistes qui émergent spontanément à l’évocation de sections particulières d’un même mouvement politique.

Car les luttes sont toujours complexes, jamais unilatérales, jamais simplement déchirées entre radicaux et médiants, casseurs et non-violents.

Un appel à être vigilant.


Hugues Pagan – Quel viatique face au tragique du quotidien ?

“L’aspect énigmatique des choses ne m’intéresse pas. […] Le mystère, ça va au-delà. Le mystère, c’est quelque chose qui ne sera pas résolu.”

Hugues Pagan, passé par la police qu’il perçoit comme un “observatoire social formidable”, est revenu sur le devant de la scène littéraire après vingt ans d’absence avec un nouveau polar, Profil perdu.

Une enquête mystérieuse, donc – et non pas énigmatique – imprégnée par une dramatique histoire d’amour. L’écrivain était à Penmarc’h pour l’édition 2018 du Goéland masqué. Il semble fuir à tout prix les questionnements intimes au moyen d’une ironie acerbe.

Mais serait-il au fond un sentimental ?


Pour plus de goéland, vous pourrez écouter ici les séances enregistrées au festival 2017.